mardi 2 décembre 2025

Sources d'ennui en navigation (4) : homme libre, toujours tu chériras les femmes.

 Si vous lisez attentivement ce blog, vous avez dû saisir depuis longtemps que le monde de la mer est traditionnellement un monde d'hommes. Il n'est pas à proprement parler misogyne, puisque les femmes y sont valorisées, en tant que reproductrices respectées et porteuses d'une descendance maritime, figures tutélaires et protectrices (quand elles le veulent bien), îlots salvateurs où mouiller après la tempête et loin de sa famille (1), blanchisseuses émérites de vareuses et pourvoyeuses de l'ordinaire quand revient le marin à terre (message personnel à qui de droit : pour le blanchissage, dans la mesure où je me suis fadé tes cottes et tes gilets au fumet contestable, je décline celui de ton maillot de bain et de tes chemises hawaïennes. Zygielle a parlé).

 

Or donc, répétons-le encore et toujours à des fins prophylactiques : une femme sur un bateau, ça porte malheur. Oop-pop-sh'bam a tout de même démâté alors que j'étais son équipière. Et la quille de la Sirène, Attalia de location, a percuté un haut fond à l'entrée de Port Bourgenay alors que son équipage comportait trois femmes (2). Si ce ne sont pas des preuves, que sont-ce ? 

Penchons-nous sur l'origine de telles sornettes l'histoire de ce diagnostic nautique, qui résulte à la fois de siècles d'observations et de la plus pure sérendipité. La sérendipité procède de l'intuition articulée chère à Jean Piaget : une découverte n'est jamais aussi fortuite qu'on voudrait nous le faire croire et ne peut être faite que si nous sommes cognitivement armés pour cela, en raison de nos expériences passées. En l'occurrence, il n'est pas si étonnant que ça que les femmes attirent la poisse sur un navire quand on a vu depuis le jardin d'Eden à quel point leur fréquentation était délétère, même sur le plancher des vaches. Ce n'est pas moi qui le dit (c'est la science).

La vérité n'a bien sûr rien à voir avec le mauvais œil flottant sur le navire dans le sillage des créatures du beau sexe embarquées inconsidérément, mais doit tout à celui, concupiscent, d'un équipage ignorant du bromure et soumis à la frustration sexuelle inhérente aux longs trajets sans escale dans une promiscuité malsaine (je ne veux RIEN savoir de ce qui se passe sur Bula). Et comme d'habitude, quand le mâle se montre incapable de contrôler le tumulte de ses hormones, c'est sur la boucle de cheveux, la rondeur parfumée ou l'œil de biche que s'exerce la sanction.

C'est ainsi qu'il a fallu d'innombrables siècles et des ruses de sioux pour que les femmes trouvent leur place en mer. Pourtant, et malgré le poids des insanités propagées par Homère (ce vieux réac, bis repetita), qui relègue la vertu au foyer et parsème l'Odyssée de funestes tentatrices (qui jamais ne monteront sur le navire, Ulysse n'étant pas né de la dernière pluie), l'Antiquité grecque nous avait déjà offert une figure féminine aux traits oubliés mais dont les exploits nous sont parvenus grâce à Hérodote : Artémise d'Halicarnasse, reine de la cité et commandante de cinq vaisseaux pendant la bataille de Salamine, en -480 avant J.C. 


Ulysse et les sirènes, tableau d'Herbert James Draper (1909) 

 Artémise est l'ancêtre de toute les baroudeuses des mers qui, d'Anne Bonny à Samantha Davies, peuplent les océans l'air de rien sans que la foudre s'abatte sur elles, que le Kraken ne les débusque ou que les fonds marins ne remontent fielleusement sous leur quille, à l'entrée de Port Bourgenay. 

(1) Facile, je sais. 
(2) A ceux qui voudraient des détails, je conseille de s'en enquérir auprès du skipper du navire lors de cet épisode, qui n'était autre que mon malheureux mari soumis à une mauvaise fortune d'origine femelle. 

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