J'ai dans un précédent article évoqué les régates fluviales et lacustres - mais ô combien acharnées - qui ont constitué le décor des dimanches de mon enfance, et parlé des prix remis aux marins d'eau douce. Mon père aimait bien offrir des B.D., et c'est ainsi que j'ai fait la connaissance à 17 ans des Passagers du Vent et de François Bourgeon, qui a sauvé ma psyché lors de mes années de classe préparatoire.
Le Bois d'Ebène est le tome 5 des Passagers, édité par Glénat en 1984. L'histoire se passe quasiment entièrement sur un senau engagé dans le commerce triangulaire, qui traverse, avec sa cargaison et les héros de l'histoire, l'Atlantique du Bénin aux Antilles.
François Bourgeon est un dessinateur de l'exactitude et un maniaque de la documentation. Même quand il se lance dans la réalisation d'un canular (en l'occurrence écrire un article de cryptozoologie sur l'animal de Tollund), il le fait si bien qu'il leurre des universitaires. Lorsqu'il dessine une histoire de bateau, ses deuxième, troisième de couverture et leurs pages opposées (ont-elles un nom ?) sont couvertes de schémas explicatifs extrêmement fouillés, qui permettent au lecteur d'acquérir le lexique d'un charpentier de marine, ce que je me suis empressée de faire pendant mes dimanches de révisions - il faut croire que je m'ennuyais. Les Passagers du Vent, dont j'ai acheté petit à petit les quatre autres tomes en commençant par la fin, ont été ma distraction favorite et m'ont permis un vagabondage mental prophylactique pendant les années de classe préparatoire si propices à l'effondrement psychique. Il fallait bien ça pour survivre aux synthèses organiques.
Fallait-il s'étonner qu'après cela, je tombe dans les bras d'un marin ?

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